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Le blog du Traître Mot

Traductions, Trahisons, Billets de mauvaise humeur (mais pas seulement)

France Inter et la liberté d'expression

Publié le 13 Avril 2018 par Régis Hure d'Argus in Mauvaise humeur

Pan sur le bec (et merci à Topor) !

Le 3 avril 2018, le premier jour de la grève dite «perlée» contre la réforme de la SNCF,  M. Demorand recevait Philippe Marinez dans le cadre de son «Grand Entretien», juste avant les questions des auditeurs, dont le dernier à intervenir fut un certain Pierre.

Voici le verbatim de cette intervention (à écouter sur le lecteur ci-dessus):

Pierre, à propos des cheminots: ... aujourd'hui, ils se comportent comme des terroristes.

M. Demorand: Merci, Pierre, pour cette question. Si on pouvait éviter le mot «terroriste» qui résonne de manière absolument sinistre aux oreilles de tous les français, ce serait bien...

M. Martinez, parlant en même temps que M. Demorand: Oui, j'aimerais bien, oui.

Ce petit échange suscitant pas mal de questions, je me suis empressé d'envoyer un message sur le site de l'émission pour en poser quelques unes à M. Demorand1. Et c'est, au moins en partie, parce que je n'ai pas eu de réponse à ce message (il n'y en a jamais), que je me suis décidé à écrire cet article.

Ce que je demandais à M. Demorand, c'était au nom de quoi il se permettait de quasiment censurer un interlocuteur – à tout le moins de le rappeler à l'ordre comme un mauvais élève – en lui demandant d'éviter une terminologie qu'il n'avait pas certainement pas utilisée inconsidérément mais avait, au contraire – du moins je veux le croire – délibérément choisie.

M. Demorand est sans doute un farouche partisan de la liberté de la presse, ce qu'il n'est évidemment pas question de lui reprocher. Mais ne s'est-il pas comporté ce matin-là comme s'il n'était pas opposé à une certaine limitation de la liberté d'expression.
Un journaliste soucieux de neutralité aurait peut-être demandé à Pierre ce qui l'incitait à utiliser un tel vocabulaire, plutôt que de le condamner sans appel.

M. Demorand est-il si assuré de savoir ce qui est bien et ce qui ne l'est pas?
Pense-t-il qu'il existe des mots qu'on ne saurait utiliser que dans un contexte bien défini sans paraître excessif, provocateur ou indécent?  
Pense-t-il que la démesure, la provocation, l'indécence, ne doivent pas être laissées entre toutes les mains ? Que leur usage doit être réservé à ceux dont c'est le métier et qui ne sauraient en user qu'à bon escient ?
On pourrait disserter pendant des pages sur le sujet!

Régis Hure d'Argus

PS: Quelques jours plus tard, M. Demorand a, de la même manière, rappelé à l'ordre un auditeur qui se montrait quelque peu injurieux envers les forces de l'ordre mobilisées à Notre-Dame des Landes.

1 Les journalistes sont très forts pour tirer des conclusions binaires des propos des gens et pour leur faire dire ce qu'ils ne veulent pas dire. Dans ce message, je prenais la précaution de préciser que je ne pensais pas que les cheminots se comportaient comme des terroristes, encore moins qu'ils l'étaient, de même que j'étais, moi aussi, un farouche partisan de la liberté de la presse!

 

France Inter - Extrait du 7-9 - 3 avril 2018

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