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Le blog du Traître Mot

Traductions, Trahisons, Billets de mauvaise humeur (mais pas seulement)

La leçon bien apprise

Publié le 20 Mai 2018 par Régis Hure d'Argus in Mauvaise humeur

 

 

La leçon bien apprise est un conte d'Anatole France qui fait partie du recueil Les Contes de Jacques Tournebroche.

Vu que l'histoire qu'il raconte se situe dans la veine plutôt leste et légère des contes de Boccace, on ne saurait recommander aux enseignants de le mettre entre les mains des enfants des écoles, même si, à une époque, le nom d'Anatole France fut calligraphié à la suite du point final de pas mal de dictées.

(Curieusement, pas plus tard que le 18 mars dernier, une «dictée géante intergénérationnelle» s'est déroulée à Villeparisis, dans une école qui, précisément, porte le nom d'Anatole France.)

Mais tout ceci n'a rien à voir avec mon propos.

Il se trouve que le dimanche 20 mai 2018, dans le 6/9 de France Inter, au cours de sa revue de presse, un certain Édouard Marguier (dont le site de la station, sauf erreur, ne mentionne d'ailleurs pas le nom dans le programme de ce jour-là) a cru bon d'apporter son grain de sel1 personnel à son compte-rendu d'une interview de Jean-Michel Blanquer, Ministre de l'Éducation nationale,  paru dans le Journal du Dimanche.

Parlant d'une instruizoute2 de Bagneux (Hauts-de Seine) qui applique le «programme» de Jean-Michel Blanquer (méthode syllabique, b-a ba, quatre opérations dès le CP), il cite : 
— Les élèves ne sont pas perdus? interroge la reporter. 
— Quand le menu est riche, tout le monde a plus de chances d'être bien nourri, répond la prof.
Et il ajoute sans même reprendre son souffle : «Leçon bien apprise.»

Mon propos, ici, ce n'est pas ce qu'Édouard Marguier a appelé le «programme» de Jean-Michel Blanquer3, lequel, deux jours plus tôt, sur la même station, dans le Grand Entretien de Nicolas Demorand, expliquait à quel point sa vision des choses était quand même un peu plus complexe et nuancée que les caricatures qu'on en présentait.

Mon propos est celui-ci : au nom de quoi, au nom de qui, M. Marguier, qui n'a probablement pas mis les pieds dans une classe élémentaire depuis son propre CM2, se permet-il d'insinuer qu'une enseignante ne parle pas selon son expérience et ses convictions, mais récite une leçon?

Je crois que si j'étais cette intruizoute, je me sentirais terriblement discréditée.

Qu'ajouter d'autre?
Rien.

Régis Hure d'Argus

Le verbatim de cette séquence, téléchargeable ci-dessous, est disponible ici
https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse-du-week-end/la-revue-de-presse-du-week-end-20-mai-2018

Goutte de fiel serait plus juste.

2 Ce terme est emprunté à Armand Lanoux, qui l'utilise dans son roman La classe du matin. Edouard Marguier, lui, parle d'une «institutrice», ignorant sans doute qu'il y a belle lurette que les instituteurs sont devenus des «professeurs des écoles».

3 Soit dit en passant, ayant moi-même appris à lire avant d'entrer au CP dans Roudoudou les Belles Images (avec l'aide de ma grande sœur), j'ai tendance à penser qu'un enfant normalement équipé est capable d'apprendre à lire comme on apprend à marcher, quelle que soit la méthode qu'on utilise, et parfois même en dépit de cette méthode.

Télécharger ici l'extrait de l'émission.

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Palily 21/05/2018 00:40

Bonsoir, et bien je voulais juste dire que de billet en billet j ai visité tout ce blog, très beau d ailleurs, et que je suis frustrée car il est tout neuf alors j ai déjà tout lu. Et que je lirai bien d autres billets, moi.