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Le blog du Traître Mot

Traductions, Trahisons, Billets de mauvaise humeur (mais pas seulement)

C comme Couac

Publié le 5 Avril 2021 par Régis Hure d'Argus

C comme Couac

Il y a des petits vicieux qui ne vont (n'allaient?) au concert que dans l'espoir d'entendre, au plus brûlant d'un con fuoco ou au plus inspiré d'un cantabile, la honteuse fausse note, le canard impardonnable, le couac vertigineux dont l'écho ne cessera jamais plus de résonner, de fosse d'orchestre en fosse d'orchestre, de scène en scène, de kiosque en kiosque, dans la mémoire du chef comme dans celle du coupable, humble triangle* ou prestigieux premier violon, alors même que le public en aura depuis longtemps oublié l'effroyable grincement de grille mal huilée ou de craie dérapant sur un tableau noir, ou le crissement de scie rencontrant un clou sur son chemin.

Couverture du numéro du Grelot du 14 novembre 1897 (détail)

Couverture du numéro du Grelot du 14 novembre 1897 (détail)

Certains journalistes sont un peu comme ça. Ils suivent nos dirigeants, impatients de les voir s'emmêler les pinceaux ou se les prendre dans le tapis.

Ils ont été gâtés ces derniers temps, avec, entre autres et à seulement une semaine d'intervalle, l'affaire de l'attestation de déplacement kafkaïenne et celle des assistantes maternelles.

En effet, rien ne les réjouit davantage que de voir un responsable politique faire un faux pas, un lapsus (révélateur, évidemment, le véritable lapsus est toujours révélateur), vendre la mèche, se contredire, contredire ses collègues, faire une révélation intempestive, une annonce prématurée, n'importe quoi du moment que cela lui vaut un solide remontage de bretelles (appelé recadrage en jargon journalistique), bref, se rendre coupable de la gaffe, de l'impair qui, provoquant cacophonie et discordance au sein de la fosse d'orchestre, je veux dire du gouvernement, le vouera aux quolibets du populaire et à la vindicte médiatique.

R. H. A.

* Dans l'école maternelle que je fréquentais, jadis, je faisais partie d'un orchestre enfantin. Alors que les autres avaient des flûtes, des xylophones, des tambourins et des cymbales, on ne m'avait confié qu'un humiliant triangle...

En prime : François Perrier dans Piccolo, Saxo et Cie (extrait)

Illustration empruntée à La République des couacs , de Renaud Déli, Aurel et Nicolas Vial (coloriste), Éditions Glénat (2014), avec les remerciements de l'auteur qui s'engage à la retirer en cas de réclamation.

 

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